Thaïlande, 2007. J'étais novice depuis quatre mois dans un monastère de la forêt près de la frontière laotienne.
C'était une nuit de pleine lune. La pratique de la nuit blanche méditative était proposée. Pas obligatoire. J'ai dit oui.
Première heure : facile. Cinquième heure : encore facile. Douzième heure : la fatigue arrive sec. Je voulais m'arrêter. Le moine âgé qui passait sans rien dire de temps en temps a juste tendu une tisane.
Quatorzième heure : j'ai trouvé le rythme. Marche méditative sur le sentier de la forêt, à 4h du matin.
Vingt-huitième heure : quelque chose a lâché. Pas dramatiquement. Calmement. Le bavardage intérieur s'est arrêté — pas parce que j'avais bien médité. Parce que mon mental n'avait plus l'énergie de continuer à fabriquer.
Et dans ce silence, il y avait une qualité d'observation que je n'avais jamais connue. Pas exaltée. Pas euphorique. Précise.
J'ai mis dix ans à comprendre ce qui s'était passé cette nuit-là.
Ce que je comprends maintenant : le point de rupture est un endroit. On peut s'y rendre. On peut y emmener quelqu'un. À condition de l'avoir fait soi-même, plusieurs fois, et de connaître précisément le terrain.
J'y suis allé 50 fois depuis cette nuit-là. Chaque fois différemment.
C'est ce terrain que je propose maintenant — adapté à des gens qui ne vont pas devenir moines, mais qui ont besoin de ce qui s'y ouvre.
— Mathieu